Il l’avait trouvée par hasard dans une modeste boutique du quartier Yanaka de Tôkyô. C’était un vieux modèle Toshiba, complètement obsolète, qui datait de l’époque où les machines robotisées ne fonctionnaient pas avec des algorithmes. Il fallait régler manuellement les sélecteurs iconiques instables et capricieux. Le résultat était très aléatoire, mais il n’avait pas le choix, car la saison touristique allait bientôt commencer. Et afin d’éviter la faillite, il fallait qu’il approvisionne sa galerie en images rétro pour essayer de séduire la clientèle chinoise. Bien sûr ce n’était plus de l’art, mais il y avait longtemps qu’on n’en produisait plus.
Pas-de-deux
Envoutée par les pulsations syncopées de la créature venue des abysses pélagiques, la plongeuse n’était plus en état de se rendre compte qu’elle s’était approchée dangereusement.
Les journalistes
Ils naviguent dans le sillage des puissants et des grands prédateurs politiques, pour se nourrir de leurs miettes.
Campagne électorale
Les élections municipales approchent. Dans les petites communes, être maire relève de l’abnégation citoyenne et de l’apostolat. Mais dans les villes moyennes et surtout les grandes, on a droit à une surenchère de promesses destinées à circonvenir et à tromper l’électeur. Les nouveaux candidats promettent la lune et même plus. Et les anciens jurent que, cette fois-ci, ils vont réaliser toutes les promesses non tenues de leur précédente mandature. C’est lamentable.
Le satrape
C’était l’un des patrons les plus puissants et les plus riches de la planète, mais cela ne l’a pas empêché – au contraire – malgré un salaire d’un montant indécent, de piocher largement dans la caisse de l’entreprise. Il a été pris la main dans le sac et après avoir passé quelques temps en prison, dans des conditions bien trop confortables, a réussi à s’enfuir dans un pays levantin où les combines politico-financières sont monnaies courantes. Sans vergogne, il fait un procès à son ancienne employeur, pour « licenciement abusif », on croit rêver. Son prénom est Carlos, comme celui d’un terroriste condamné à la prison à vie.
Elle 2
Femme en forme de L.
Interrogation
L’énigme est loin d’être résolue.
La Saint-Valentin
C’est la fête pour les fleuristes qui, ce jour-là, essaient d’écouler fort cher, auprès des amoureux transis ou qui aimeraient bien l’être, leur stock de roses défraichies et sans parfum, venues d’ Afrique du sud après avoir transité dans un entrepôt sous atmosphère contrôlée en Hollande. Pour faire original, j’ai offert des narcisses. Le pot en plastique de couleur jaune canari, qui se mariait harmonieusement avec les fleurs, m’a beaucoup plu. Et comme les narcisses sont des plantes à bulbes qui se reproduisent aisément, l’an prochain à la même époque, j’en vendrai dans la rue. N’hésitez pas à passer me dire bonjour, on parlera du bon vieux temps.
Le livre des songes
C’est un roman (tout au moins on l’espère pour celui qui oserait avouer qu’il l’a écrit) sans titre, d’un auteur aussi anonyme qu’inconnu, qui raconte une histoire abracadabrante laborieusement composée de phrases interminables (certaines tiennent une page entière) qui s’étirent dans un style ampoulé, digne d’un futur prix littéraire. Bref un pensum épouvantable, à prescrire aux insomniaques, à doses homéopathiques et sous surveillance médicale. Évidemment je ne l’ai pas lu, mais j’ai été séduit par la couverture et maintenant il me sert à caler l’armoire normande, aux pieds vermoulus, qui m’a été offerte par ma charmante belle-mère, comme cadeau de mariage.
Manga
Tel qu’il s’écrit en alphabet kanji japonais. Signifie littéralement « image dérisoire » ou « dessin non abouti », que l’on pourrait aussi traduire par « dessin au trait libre », « esquisse au gré de la fantaisie » ou « image malhabile ». Au Japon, le terme devient courant à partir du XVIIIème siècle, avec – comme tout érudit qui se respecte le sait – la publication d’ouvrages tels que « Mankaku zuihitsu » en 1771 de Kankei Suzuki, « Shiji no yukikai » en 1798 de Kyôden Santô, ou « Manga huyakujo » en 1814 de Minawa Aikawa. C’est « la Manga » de Katsushika Hokusai – surnommé, le fou du crayon – qui fit connaître le mot en Occident. Il ne prend le sens de bande dessinée japoniaise qu’au XXème siècle, après 1945, en devenant un synonyme grossièrement ramené au genre.