Un baryton de papier

Edgar P. Jacobs (1904-1987) est le créateur de la célèbre bédé « Blake et Mortimer », l’une des plus populaires du XXème siècle. Pourtant il a longtemps souffert d’un manque de reconnaissance et a toujours considéré sa carrière de dessinateur comme une « damnation », lui qui rêvait d’une carrière de chanteur baryton. Sa passion de l’art lyrique a influencé sa conception de la bande dessinée qu’il a mise en scène comme un opéra de papier. Au soir de sa vie, il a créé une fondation pour préserver son œuvre et empêcher que ses dessins soient dispersés et dilapidés auprès des marchands. Peine perdue, le président de la Fondation dont le but était de préserver le patrimoine artistique de l’auteur, vient d’être inculpé pour abus de confiance après avoir vendu clandestinement plus de 200 planches originales qui se trouvaient enfermées dans un coffre-fort dont il avait la clef. Espérons que le colonel Olrik viendra lui régler son compte.

L’épouse mise à l’écart

Sur cette photo prise en 1933, on voit George Rémi et sa première épouse, Germaine née Kieckens (1906-1995). Ils se rencontrèrent en 1928 au journal « Le XX Siècle », où elle était secrétaire de l’abbé Wallez directeur du journal, qui les maria en 1932. Fort présente sur le plan affectif, elle a été la force énergétique de RG pendant la période la plus difficile, jusqu’à la fin des années 40. Elle joua un rôle déterminant dans sa carrière et l’a épaulé dans les tâches ingrates de son travail : retouches, lettrage, encrage… etc. Elle l’a aussi soutenu pendant ses périodes de dépression, quand il voulait tout abandonner. En 1956 RG entame une liaison avec Fanny Vlaminck (de 28 ans sa cadette), une jeune coloriste des produits dérivés au Studio Hergé qu’il épousa en 1977. À la mort d’Hergé en 1983, Fanny (qui n’avait aucune compétence en BD) hérita des droits d’auteur, liquida le Studio Hergé et mit fin au contrat des employés. En 1993 elle se remarie avec Nick Rodwell, un sulfureux et controversé homme d’affaires britannique qui, par le biais de la sté Moulinsart gère l’héritage et les cendres d’Hergé d’une main de fer particulièrement mercantile.

Influences

Si les créateurs n’ont aucune obligation de dire la vérité à leur public, Hergé a poussé le bouchon assez loin, en mentant par omission. Par exemple, il a ainsi affirmé qu’il n’avait jamais lu Jules Verne dont les livres étaient pourtant les lectures incontournables des adolescents à cette époque et les histoires et personnages ont fortement inspiré les aventures de Tintin et Milou. Par ailleurs le visage de Bécassine créé en 1905 par Pinchon, (visage rond, petit nez et absence de bouche) a été copié pour dessiner Tintin en 1929.

Un certain Tintin

D’une part, Tintin né le 4 janvier 1929, n’est pas un nom inventé par Hergé, c’est le diminutif d’un prénom se terminant en »tin » (tel que Justin ou Valentin), et qui avait déjà été utilisé auparavant par d’autres célèbres dessinateurs de l’époque, comme Benjamin Rabier et Louis Forton. D’autre part, l’histoire du « Tintin au pays des soviets » n’était pas destinée à avoir une suite et n’avait été créée par jeu, qu’à l’instigationde l’abbé Wallez directeur du journal « Le Petit Vingtième », pour ridiculiser le bolchevisme. Enfin, au départ les cheveux de Tintin dressés vers l’avant, furent rejetés en arrière parce qu’il s’enfuyait dans une Mercédes décapotable (volée), cela donna au visage un élément comique que Hergé décida de laisser définitivement dans cet état, car cela facilitait l’identification du personnage. La houppe de Tintin due ainsi au hasard, parut pour la première fois le 31 janvier 1929 et deviendra finalement une marque internationale.

Un certain RG

Georges Prosper Rémi REMI (1907-1983) dit Hergé, dessinateur de BD et entre autres créateur de « Tintin et Milou », dont l’œuvre a fait l’objet d’innombrables interviews, articles et livres, parus dès 1930, qui semblent semblent bien documentés. Pourtant bien des questions sont restées occultées. Car ce très grand maître de la BD, lorsqu’on l’interrogeait sur son passé, avait l’habitude de se livrer à des manœuvres de diversion et se présentait comme un naïf ignorant – ce qu’il était loin d’être -, créant ainsi un climat dans lequel il pouvait affirmer ce qu’il voulait. Sa mémoire était très sélective, ce qui lui permettait de taire ce qui le gênait.