Quand faut y aller

Faut y aller ! Tôt  ce matin-là, je me sentais en forme, ayant pendant la nuit décidé de m’envoler, grâce à un vif mistral qui soufflait sur la belle cité papale d’Avignon. Et tant qu’à tenter cette audacieuse entreprise, autant lui donner une solennité certaine, en partant du sommet d’un des majestueux remparts du Palais des papes. Sur mon étroit perchoir, je soliloquais donc sur mes chances de réussite, sachant que la qualité du vol ne résidait pas dans la vigueur du battement de mes bras, mais dans la force de la volonté, et  je me suis élancé… Homme de peu de foi, je me suis réveillé au bas de mon lit !

Monnaie d’échange

L’Égypte, toujours munificente, a proposé à l’Allemagne d’échanger le faux buste de Néfertiti contre un authentique buste d’Adolf Hitler. On a de la peine à le croire, mais les allemands ont refusé. Ces gens-là n’ont pas de goût. Cette œuvre remarquable, sculptée dans un bloc de calcaire de Nubie, et d’un réalisme stupéfiant (on dirait que le Fürher va parler), a été retrouvée dans un bunker qu’a occupé le maréchal Rommel sur la rive gauche du Nil, lors de sa mémorable blitzkrieg en Afrique du nord.

Imposture archéologique

Néfertiti, grande épouse royale du pharaon hérétique Akhenaton, aurait été découverte en 1912 par l’archéologue allemand Ludwig Borchardt qui avait été envoyé en Égypte par l’empereur Guillaume II, avec ordre de rapporter une découverte « kolossale ». L’archéologue peu scrupuleux, a fait fabriquer ce buste en plâtre, par un habile faussaire. La facture réaliste anachronique, digne d’un mannequin de grands magasins, l’état de conservation exceptionnel pour un objet supposé dater de 3000 ans, et les circonstances peu crédibles de la pseudo-découverte, attestent de l’imposture que l’Allemagne s’obstine à nier. Il faut dire que l’artefact kitsch (à qui il manque un œil, pour faire plus authentique), attire chaque année un million de visiteurs, naïfs mais disciplinés, dans le Neues Museum de Berlin. Et comme en plus, l’Égypte réclame à l’Allemagne son rapatriement pour détournement clandestin et illégal, les allemands sont coincés.

Le chanteur d’opéra

Malgré un physique plutôt ingrat, il a fait une exceptionnelle carrière dans les œuvres de l’époque baroque. C’est son interprétation dans le rôle-titre d’Orfeo de Monteverdi, qui le hissa durablement au sommet de la notoriété musicale. Chacune de ses  apparitions sur scène provoquait des émeutes et nécessitait l’intervention des services de secours pour évacuer les spectatrices qui s’étaient évanouies. Ses admiratrices – de tous âges – étaient innombrables et ses conquêtes féminines furent nombreuses. Tous les mélomanes sont donc, aujourd’hui, orphelins depuis que le grand maître du bel canto, a pris sa retraite dans un modeste EHPAD de Charleville-Mézières. Les infirmières n’ont qu’à bien se tenir.