Couleur rouge

Gardien à l’entrée de l’exposition David Hockney, en ce moment à la Fondation Louis Vuitton à Paris. Il était baraqué et, comme ses autres collègues, très élégant, ce qui contrastait avec les visiteurs, lesquels avaient l’air de sortir d’un sèche-linge sans être passés au repassage.

La créature extraterrestre

Cette très étrange – pour ne pas dire inquiétante – bestiole est un phasme, comme j’ai eu la surprise de le capturer dans le jardin de la maison familiale, quand j’étais enfant. En ce temps-là (finalement pas si lointain), nous étions chasseurs d’insectes pour le compte de notre père, entomologiste et collectionneur qui, en cas de prise intéressante, nous récompensait d’une prime de quelques dizaines de centimes de francs, proportionnelle à l’intérêt (esthétique ou scientifique) de la bestiole. La prise du phasme, m’avait alors valu une bonne prime. Les phasmes comptent plus de 2000 espèces dans le monde, aujourd’hui localisées essentiellement sous les tropiques où ils sont appréciés comme animaux de compagnie.

Le spationaute

Poussé par les vents solaires, le vaisseau d’exploration dérivait entre les planètes. Protégé par sa capsule de cristal, le voyageur commençait à apercevoir, au-delà de la grand’ voile, la petite boule de la Terre, d’où il était parti plusieurs siècles auparavant.

Il viendra des pluies douces

« Quelque part dans les murs, des relais cliquetaient. Des mémofils glissaient sous des yeux électroniques. Huit heures une, tic-tac, huit heures une, à l’école, au travail, vite, vite, huit heures une. Mais nulle porte ne claqua, nul tapis ne reçut l’empreinte molle de talons de caoutchouc. Dehors, il pleuvait. Le chantepluie sur la porte d’entrée fredonnait doucement : Il pleut, il pleut, partez d’ici… bottes et caoutchoucs, aujourd’hui… Et la pluie, en écho, crépitait sur la maison vide. »

Ray Bradbury

Les longues années

« Chaque fois que le vent se levait dans le ciel, lui et sa petite famille rentraient s’asseoir dans la hutte de pierre et réchauffaient leurs mains au-dessus d’un feu de bois. Le vent fouettait les eaux du canal, emportait presque les étoiles, mais il restait assis, calmement, et parlait à sa femme, et sa femme lui répondait, et il parlait à ses deux filles et à son fils des jours anciens sur Terre, et tous répondaient plaisamment. »

Ray Bradbury

Les villes muettes

« Il conduisit sans arrêt pendant trois jours et trois nuits. Il crut distinguer une fois une voiture qui le suivait. Inondé de sueurs froides, il prit une autre route, coupant à travers l’immensité désolée de Mars, passant par les petites cités mortes; il continua à rouler pendant une semaine et un jour, jusqu’à ce qu’il eût mis quinze mille kilomètres entre elle et lui. »

Ray Bradbury

La morte-saison

« Le vent emporta le sablonef dans une course sifflante sur le fond de la mer morte, sur les cristaux ensevelis depuis des millénaires, tandis que défilaient sur le fond des montagnes violettes les fûts des colonnes brisées, les quais désertés de marbre et de cuivre, les échiquiers des cités blanches. »

Ray Bradbury

Le Martien

« Tout le long du chemin, les poursuivants et le poursuivi, les rêveurs et le rêve, la proie et les molosses. Tout le long du chemin, la révélation subite, l’éclair des yeux familiers, l’appel d’un nom ancien, les souvenirs d’autres temps, la foule s’amassant. Chacun se ruant tandis que le rêve multiforme en pleine course, tel une image réfléchie par dix mille miroirs, dix mille yeux, se modifiait sans cesse, offrant un visage différent à ceux qui le précédaient, le suivaient ou l’attendaient sans le savoir, encore invisibles. »

Ray Bradbury

La Maison Usher II

« Vous noterez le crépuscule permanent, le mois d’octobre invariable, la terre nue, stérile, morte. Nous avons eu bien du mal. Tout a été tué. Dix mille tonnes de D.D.T. Il ne reste pas un serpent, pas une grenouille, pas une mouche martienne! (…) Je dois dire que j’en suis assez fier. Il y a des machines, cachées, pour obscurcir le soleil. Une ambiance toujours sinistre comme convenu. »

Ray Bradbury