Façon de parler

Poème mécanographique. Le style en est indéniablement épique, mais son sens à la fois obscur et comminatoire, évoque les délires prophétiques d’un oracle devenu fou, moins du fait de leur contenu, qu’en raison de l’agencement bizarre des lignes d’écriture. De toute évidence, la machine-à-dessiner qui avait produit cette inquiétante versification graphique, avait les circuits passablement dérangés et devait faire l’objet d’une sérieuse révision.

Ça continue 2

Toujours sur le parc des volcans, dans une étrange ambiance de solitude. Nous nous étions arrêtés pour le pique-nique de midi à côté de cette grande ferme, mais il n’y avait personne, ni dans les environs. Heureusement le groupe de randonneurs était sympa et joyeux, stimulé par une liqueur du terroir local passablement alcoolisée.

Ça commence à sortir

Et ça vient de loin. Souvenir d’une randonnée de deux semaines dans le parc des volcans du Massif Central. C’était pourtant en été, mais ce jour-là, on se serait cru ailleurs. Froid, vent, brouillard et pluie de grésil, il ne manquait plus qu’une éruption volcanique pour achever le tableau.

Moulinage

La vieille bécane mouline depuis trois jours, provoquant de fréquentes coupures d’électricité dans le quartier, mais toujours aucune image. Les voisins, qui ont pris l’habitude des grèves sauvages des services publics, ne sont pas encore venus se plaindre

Réglages

Cela lui prit plus d’une journée pour calibrer les sélecteurs, mais il n’avait aucune idée du temps qu’il faudrait pour que sortent les premières images. En espérant que l’alimentation électrique soit suffisante, il lança la machine.

La machine-à-dessiner

Il l’avait trouvée par hasard dans une modeste boutique  du quartier  Yanaka de Tôkyô. C’était un vieux modèle Toshiba, complètement obsolète, qui datait de l’époque où les machines robotisées ne fonctionnaient pas avec des algorithmes. Il fallait régler manuellement les sélecteurs iconiques instables et capricieux. Le résultat était très aléatoire, mais il n’avait pas le choix, car la saison touristique allait bientôt commencer. Et afin d’éviter la faillite, il fallait qu’il approvisionne sa galerie en images rétro pour essayer de séduire la clientèle chinoise. Bien sûr ce n’était plus de l’art, mais il y avait longtemps qu’on n’en produisait plus.

Campagne électorale

Les élections municipales approchent. Dans les petites communes, être maire relève de l’abnégation citoyenne et de l’apostolat. Mais dans les villes moyennes et surtout les grandes, on a droit à une surenchère de promesses destinées à circonvenir et à tromper l’électeur. Les nouveaux candidats promettent la lune et même plus. Et les anciens jurent que, cette fois-ci, ils vont réaliser toutes les promesses non tenues de leur précédente mandature. C’est lamentable.

Le satrape

C’était l’un des patrons les plus puissants et les plus riches de la planète, mais cela ne l’a pas empêché – au contraire – malgré un salaire d’un montant indécent, de piocher largement dans la caisse de l’entreprise. Il a été pris la main dans le sac et après avoir passé quelques temps en prison, dans des conditions bien trop confortables, a réussi à s’enfuir dans un pays levantin où les combines politico-financières sont monnaies courantes. Sans vergogne, il fait un procès à son ancienne employeur, pour « licenciement abusif », on croit rêver. Son prénom est Carlos, comme celui d’un terroriste condamné à la prison à vie.